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Introduction

Pendant presque tout le 19ème siècle, la tuilerie Lombard-Jozon a été l'industrie de Cannes-Ecluse.
Elle occupait un trapèze entre l'Yonne et la rue Désiré Thoison actuelle(1) comprenant les terres des propriétés des 1, 3, 5 et 7 de la rue Alexandre Jozon, de la rue de l'Orangerie et de la rue de l'Eolienne.

Il n'en reste rien ou presque. Ce qui suit a pour objectif de faire une synthèse de ce que les archives nous livrent par petits morceaux.
Les outils à disposition aux archives de Seine-et-Marne sont des plans et des cartes des 18ème et 19ème siècles, le cadastre actuel, les recensements de population de 1836 à 1906 et l'état civil (jusqu'à 1902).

La création

Le plan d'intendance(2) de 1783 est vierge de construction dans cette zone marquée en rouge.

A contrario, l'atlas de 1809, conservé en deux exemplaires à la mairie de Cannes-Ecluse et aux archives départementales de Seine-et-Marne, y montre des constructions.

On y reconnaît (entourée de gris sur le plan) la maison de maître, qui existe encore aujourd'hui au 3 rue Alexandre Jozon, perpendiculaire à la route et en retrait. A sa gauche, le bâtiment perpendiculaire à la maison (entouré de bleu) et maintenant disparu, à l'emplacement du 1 rue Alexandre Jozon, est probablement l'atelier de fabrication des tuiles. Entre ce bâtiment et la rivière s'élève le four de cuisson des tuiles(3) (entouré de rouge) après mise en forme et séchage naturel des argiles. Une carte postale ancienne (Liverdy-en-Brie, Seine-et-Marne) nous montre l'allure d'un tel four. Ces fours fonctionnaient au bois, faute d'autre combustible abondant.
Devant, les deux petits bâtiments (entourés de vert) pourraient être des lieux de stockage.
La tuilerie a donc été fondée entre 1783 et 1809.

Le créateur de la tuilerie

Aucun document ne permet d'établir avec certitude le nom du créateur de la tuilerie.
Mais une hypothèse plausible est qu'il s'agit d'Etienne Lombard, désigné comme "maître-tuilier" sur l'acte de mariage de son fils Paul en 1831. En effet, entre 1809 et 1814(4), la famille Lombard déménage de Villeblevin (Yonne), où Etienne est marchand de bois, à Cannes-Ecluse.
Une fabrique de tuiles, grande consommatrice de bois, est un débouché naturel à son commerce de bois.
Dans l'aventure, il s'associe financièrement avec son frère aîné Sébastien Auguste(5). Mais celui-ci ne prend aucune part active au fonctionnement de la tuilerie, résidant toujours à Villeblevin et continuant d'exercer son activité de "marchand de bois, entrepreneur de charrois de route".

La vie de l'entreprise

Au recensement de 1836, Paul est noté comme étant le maître-tuilier. Il a pris les rênes de la fabrication. Mais son père, maintenant désigné comme "propriétaire", en est le patron et il conserve avec son frère la propriété de l'entreprise. Les familles du père et du fils habitent la même demeure.

Louis-Alexandre Jozon(6), qui a épousé Clotilde, la soeur de Paul, vit également dans la propriété d'Etienne dont il possède quelques parcelles et bâtiments secondaires. Il semble que Louis-Alexandre ne s'implique pas dans la tuilerie car aucun document ne le désigne autrement que comme "propriétaire". Son fils Alexandre naît en 1836.

La carte de 1842 montre qu'un troisième bâtiment annexe sur rue, un quatrième au bord de l'Yonne, plusieurs bâtiments d'habitation (dont un pavillon de pèche, parallèle à la rue, qui devient ensuite les communs et abrite les employés de maison) et un four en bord de rue ont été ajoutés.
La répartition des fonctions dans l'entreprise reste inchangée : Etienne et Sébastien Auguste Lombard sont les propriétaires, Etienne est le patron, leur fils et neveu Paul est le responsable technique de l'usine.

En 1848, la construction de la ligne de chemin de fer écorne sérieusement la copropriété, épargnant les bâtiments (sauf le four ajouté sur la rue détruit alors) mais traversant le parc comme le montre encore le cadastre actuel, sur lequel la propriété Lombard - Jozon est entourée de rouge.

En avril 1857, au décès d'Etienne, son fils Paul Lombard, sa fille Clotilde, épouse de Louis-Alexandre Jozon, et les enfants de Sébastien Auguste deviennent les copropriétaires de la tuilerie. Paul continue de manager l'usine.

Louis-Alexandre Jozon meurt peu de temps après en décembre de la même année.
En 1865, une demande d'installer une machine à vapeur (à la place d’un des trois petits bâtiments sur rue) est déposée auprès des autorités(7). La demande, signée par Alexandre Jozon, indique : "Cette machine doit servir à faire tourner un broyeur pour la préparation des terres glaises employées dans la tuilerie et en même temps faire mouvoir une pompe servant à emplir un réservoir placé au dessus de la machine". Alexandre, tuteur financier de son épouse, est donc devenu le patron de l'entreprise.

Au meilleur de l'activité, la tuilerie emploie 8 ouvriers(8).
En 1892, au décès de Paul, l'homme de la technique, ni ses cousins ni son neveu Alexandre ne prend sa suite comme responsable de la fabrication(9). L'activité cesse.

La propriété d'Alexandre Jozon

L'ensemble de la propriété (les bâtiments industriels inutilisés, la maison de maître, les communs et le parc qui va presque jusqu'au barrage) est conservé par Alexandre Jozon.

En 1897 - 1898, il fait installer une éolienne entre la maison de maître et l'Yonne pour alimenter en eau les bassins du parc et l'habitation, via un réservoir intermédiaire installé dans le grenier.
Le parc abrite plusieurs bassins et une serre, adossée au mur qui longe l'Yonne et exposée au sud-ouest. Un bâtiment voisin abrite un système de chauffage. Ce bâtiment existe encore, la serre ayant disparu.

Au décès d'Alexandre en 1907, ses enfants installés à Paris vendent la propriété qui est scindée.

La Poulotière

En 1907, au décès d'Alexandre Jozon, la famille Duhayon acquiert les terrains de la zone de fabrication des tuiles et y fait construire(10) une villa connue sous le nom de "la Poulotière".

La résidence et le parc

Simultanément, Abel de Marthes, préfet(11), acquiert la résidence et le parc d'Alexandre Jozon et vient prendre sa retraite à Cannes-Ecluse.

La propriété passe ensuite à la famille Sdilon, puis à la famille Sirugue, qui, pendant la 2ème guerre mondiale, est contrainte d'héberger des officiers allemands.

Dans les années 1980, personne ne se portant acquéreur de cet ensemble(12), la propriété est à nouveau scindée. La maison de maître, les communs et l'éolienne restent dans la même propriété.
Le parc est loti. Les rue de l'Orangerie et de l'Eolienne sont créées. Tous les bassins du parc, sauf un, disparaissent alors.

 

  1. A l'époque, elle portait le nom de "Grande rue". Désiré Thoison vécut dans la première moitié du 20ème siècle et fut maire de la commune de 1919 à 1934.
  2. Les plans d'intendance sont les plans cadastraux des paroisses établis par Louis Bertier de Sauvigny, intendant de la Généralité de Paris de 1777 à 1789 pour établir une meilleure répartition de la taille (l'impôt direct d'Ancien Régime).
  3. Référence : matrice cadastrale de 1843.
  4. Son fils Paul est né à Villeblevin en 1809. Son autre fils Hilaire est né à Cannes-Ecluse en 1814.
  5. Matrice cadastrale de 1843.
  6. Il est né en 1787 et a été maire de Voulx de 1834 à 1836.
  7. Rien ne permet de savoir si cette autorisation a été accordée.
  8. Monographie communale de 1888 (Hilaire Blin, instituteur).
  9. A 56 ans, il ne s'est pas impliqué dans la gestion technique de la tuilerie. Il est le maire de la commune. Ses enfants ont déjà quitté Cannes-Ecluse pour s'installer en région parisienne. Il sait qu'ils ne reprendront pas la tuilerie.
  10. Au n°1 rue Alexandre Jozon actuel
  11. Abel de Marthes était un homme simple et un célibataire endurci, ce qui, au tournant du 19ème siècle, fut un élément négatif dans sa carrière. On lit dans son dossier : "Goûts très simples, allant peu dans le monde. Manque de fortune pouvant le gêner dans sa position de sous-préfet". Il a quand même terminé sa carrière comme préfet de la Sarthe.
  12. Un acquéreur potentiel célèbre, l'écrivain Hervé Bazin, a manifesté de l'intérêt pour l'ensemble, mais les passages des trains sur la ligne voisine l'ont définitivement découragé.