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Le contexte historique

Louis XIV, roi de France depuis 1643, est dans sa quatorzième année(1). La régence est assurée par sa mère, Anne d'Autriche(2), assistée du cardinal Mazarin(3).

Tout ne va pas pour le mieux dans le pays.

L’impopularité du cardinal est grande et certains nobles se sont révoltés.

Ce soulèvement, la Fronde, est dirigé par le Grand Condé(4), le vainqueur de Rocroi(5).

En 1652, après la bataille du 6 avril entre les troupes royales et les troupes de la Fronde à Bléneau(6), pendant laquelle la personne du roi a été mise en péril, les maréchaux de Turenne(7) et d'Hocquincourt(8) décident de ramener à Paris le jeune roi, la reine-mère, Mazarin et la Cour.

Un périple royal(9)

Le 18 avril 1652, l'armée royale quitte Gien.

L'itinéraire le plus court passe par Montargis. Mais l'armée des frondeurs est fortement implantée dans la région. Il faut éviter le contact et contourner l'obstacle.

La Cour va effectuer un très large détour via Auxerre, Sens et Melun tandis que le gros de l’armée(10) s’interposera.

Dans la nuit, on s'affaire fiévreusement mais discrètement aux préparatifs du départ. Au petit matin, la Cour se met en marche. Elle passe la nuit du 18 au 19 avril(11) à Saint-Fargeau(12) puis gagne Auxerre où elle passe l'Yonne pour en faire un obstacle supplémentaire.

Elle suit ensuite la rivière par sa rive droite, en descendant par Joigny, Villeneuve-leroi (13) et Sens.

Le soir arrive, on arrive à Misy-sur-Yonne. Une quarantaine de lieues(14) a déjà été parcourue depuis le départ de Saint-Fargeau. Turenne se rend compte qu’il est trop tard pour gagner Melun, objectif initial de la journée, à encore une douzaine de lieues.

Une étape intermédiaire est nécessaire.

L’installation à Cannes

Hippolyte Jouvenot, le châtelain de Cannes, écuyer(15), secrétaire et conseiller du roi, propose un hébergement improvisé dans son fief. Le maréchal accepte l’offre, même si c’est se priver de la protection naturelle constituée par l’Yonne et par la Seine.

On traverse donc l’Yonne dans un village nommé la Chapelotte ou la Chapelle-aux-veuves(16) pour gagner Cannes au plus vite par la rive gauche.
La cour et son escorte militaire – certainement plusieurs centaines de soldats et leurs montures – viennent bivouaquer dans le village de quelque 300 âmes, pour y passer la nuit.

Le roi, la reine-mère et leur suite trouvent refuge au château qui n'est guère préparé pour les recevoir. Le cardinal Mazarin et une partie de la Cour se logent au Prieuré. Le reste de la Cour, les maréchaux et leur état-major prennent possession de la "Maison Neuve"(17) et des maisons les plus confortables.
Les autres habitations, les granges, les écuries sont envahies par la troupe.

Le pillage

Malgré la vigilance des chefs et les postes de garde chargés de réprimer les exactions, une telle occupation aussi brutale qu'imprévue ne se fait pas sans désordre ni dommage. La journée a été harassante et l'on pourrait croire que chacun aspire au repos d'une nuit calme. Mais il n'en va pas ainsi. De nombreux soldats se répandent dans le village.

Toutes les maisons qui ne sont pas occupées par les chefs sont dépouillées de leurs bestiaux, de leurs poules et de toutes leurs provisions.

Les maraudeurs, après avoir traversé l'Yonne à gué, poursuivent le pillage au hameau des Bordes et au-delà, jusqu'à Saint-Donain(18) et à Marolles. Ils ne reviennent au camp que rassasiés et chargés de toutes les victuailles dérobées aux gens de la région.

Le départ

Le lendemain 20 avril, au point du jour, la Cour et son escorte lèvent le camp et viennent se ranger en ordre de marche dans la prairie qui s'étend au-delà du moulin, à la sortie ouest de Cannes.

Elle reprend son périple, certainement au grand soulagement de la population.
La Cour est précédée d'une forte avant-garde, sa droite appuyée à l'Yonne, sa gauche couverte et éclairée par un corps de cavalerie et son arrièregarde assurée par les gendarmes du Roi et un autre corps de cavalerie.

La fin du périple

Turenne craint encore une attaque de l'armée de la Fronde dans la région de Moret-sur-Loing.
Mais le Loing est traversé sans coup férir.

Louis XIV et la Cour passent la nuit suivante à Melun.
Puis l’armée royale établit ses quartiers à la Ferté-Alais et la Cour poursuit sa route jusqu'à Saint-Germain-en-Laye.

Le 21 octobre 1652, Louis XIV fait une entrée triomphale à Paris. En juillet 1653, les combats cessent. C’est la fin de la Fronde. Elle aura duré cinq ans.

 

  1. Il est né le 5 septembre 1638 et est devenu roi de France le 14 mai 1643 à la mort de son père Louis XIII. Jusqu’à sa mort le 1er septembre 1715, il aura le plus long règne de l’histoire de France.
  2. Née en 1601, fille du roi d’Espagne Philippe III, veuve du roi de France Louis XIII, elle assure la régence du royaume de 1643 à 1651. Elle meurt en 1666.
  3. Né en 1602 en Italie, Jules Mazarin, est nommé premier ministre en 1643 par Anne d’Autriche puis, en 1646, "surintendant au gouvernement et à la conduite de la personne du roi". Il meurt en 1661.
  4. Louis II de Bourbon-Condé, le Grand Condé, duc d'Enghien, né en 1621 et mort en 1686.
  5. La bataille de Rocroi (dans les Ardennes) a lieu le 19 mai 1643 pendant la guerre de Trente Ans, entre l’armée espagnole qui assiége Rocroi, et l’armée française menée par le Grand Condé.
  6. Dans le département de l’Yonne entre Auxerre et Briare.
  7. Henri de la Tour d'Auvergne-Bouillon, né en 1611 et mort en 1675, vicomte de Turenne, maréchal de France en 1643 et maréchal général des camps et armées du roi en 1660.
  8. Charles de Monchy, marquis d'Hocquincourt, né en 1599 et mort en 1658.
  9. D’après la monographie sur Cannes-Ecluse écrite par Hilaire Eugène Blin, l’instituteur, en date du 20 décembre 1888.
  10. Dans ses mémoires, Turenne indique que, le 3 avril, l’armée royale est forte de 4000 à 5000 soldats à pied et d’autant de cavaliers. Les troupes de la Fronde sont légèrement plus nombreuses.
  11. Mémoires de Turenne. Le cheminement et le calendrier exacts des déplacements de la Cour ne sont pas clairs. D’autres auteurs de l’époque donnent des versions légèrement différentes.
  12. Saint-Fargeau est dans le domaine royal.
  13. Actuellement, Villeneuve-sur-Yonne.
  14. Environ 130 km, la lieue de Paris valant 3,248 km.
  15. Le titre d’écuyer est attribué aux nobles qui ne portent pas de titre honorable (chevalier, baron, vicomte, comte, marquis ou duc). C'est le titre de noblesse de ceux qui n'en ont pas d’autre (source : http://www.geneafrance.org)
  16. Actuellement, Villeneuve-la-Guyard.
  17. Construite en 1643, c’est l’actuelle mairie – sans les petites ailes avec terrasses ajoutées au début du 19ème siècle.
  18. Ferme entre le bourg de Marolles-sur-Seine et l’Yonne.