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Un hôpital complémentaire

Pendant la Première Guerre mondiale, les blessés transportables sont d’abord évacués vers l’arrière du front, et ensuite, en fonction des blessures à soigner, vers les hôpitaux militaires ou civils des zones éloignées.
Dans les périodes de combats intensifs, des hôpitaux complémentaires sont créés de toutes pièces.

Ainsi est-il décidé au printemps 1918 de créer un hôpital à Cannes-Ecluse.

Les raisons du choix du site ne sont pas connues, mais on peut penser que la proximité de la gare de Montereau a été un élément déterminant car les déplacements des blessés se faisaient principalement par train. Par ailleurs, au printemps 1918, le front n’est pas si loin, sur une ligne allant approximativement d’Amiens à Reims, ces deux villes étant du côté français.

L’hôpital créé à Cannes-Ecluse porte le numéro 91.

La construction

Le terrain est mis à disposition par la famille de Fitz-James, propriétaire du château, face au débouché du chemin des graviers sur la rue Chaude.

La construction commence en juin 1918 sous l’autorité du Dr Louis Dufestel, jusqu’alors médecin-chef de l’hôpital temporaire n°1 à Châlons-sur-Marne(1).

Un cimetière mérovingien est découvert(2) pendant les travaux de terrassement. La découverte majeure est une borne milliaire(3), datée de la période 364-378 et transformée en sarcophage à l’époque mérovingienne. Elle est exposée à la mairie.

Les bâtiments de l’hôpital sont des baraques en bois semblables à ceux de l’hôpital d’Arles ci-après. Outre les locaux techniques (ateliers, bureaux, château d’eau, crématoire, cuisine, dépôt mortuaire, douches, pharmacie, réfectoire, …) et les logements des personnels soignants et administratifs, l’hôpital dispose de 7 bâtiments pour 153 lits.

Le Centre des fractures

Les 138 premiers blessés arrivent le 1er novembre 1918. Ils souffrent de traumatismes osseux.
Dès le 2 novembre ils sont pris en charge par le Dr Maurice Heitz-Boyer (1876-1950), spécialiste de chirurgie osseuse, qui vient également de Châlons-sur-Marne pour continuer à Cannes-Ecluse son activité réparatrice. Il quitte l’hôpital le 11 novembre.

L’accueil des traumatisés osseux continue jusqu’à la fin de novembre 1918. Ces blessés restent à l’hôpital de quelques jours à quelques semaines avant de rejoindre leur régiment pour y attendre leur démobilisation(4). Un seul soldat meurt de ses fractures.

Les quelques malades contagieux sont regroupés dans un bâtiment séparé.

L’accueil des contagieux

A partir de décembre 1918, le conflit terminé, les nouveaux entrants sont en très grande majorité atteints de maladies contagieuses.
Beaucoup souffrent de la grippe espagnole(5) ou de maladies pulmonaires.

La fermeture de l’hôpital

L’hôpital complémentaire 91 ferme définitivement le 1er octobre 1919.

Il a fonctionné 11 mois pendant lesquels il a accueilli 819 militaires, en majorité des français, mais également des algériens, des belges, des marocains, des polonais, des sénégalais, des tchécoslovaques, et aussi des prisonniers de guerre allemands et autrichiens.

Les soldats morts à l’hôpital

32 soldats sont morts à l’hôpital de Cannes-Ecluse(6), dont 17 de grippe et 11 de maladiepulmonaire, soit :

- 4 algériens, travailleurs coloniaux(7),
- 3 américains(8),
- 1 allemand, prisonnier de guerre,
- 1 belge,
- 18 français,
- 5 polonais(9), enterrés au cimetière communal au pied du drapeau tricolore.

  1. L’actuelle Châlons-en-Champagne.
  2. Cette découverte est évoquée dans un article précédent consacré à l’archéologie à Cannes-Ecluse. Le cimetière comportait sept sarcophages.
  3. Les bornes milliaires étaient des pierres, généralement en forme de colonne, destinées à marquer les distances sur les voies romaines.
    Les distances étaient mesurées en milles romains, environ 1480 mètres.
  4. La plupart des appelés français ont été démobilisés après la signature du traité de Versailles (28 juin 1919). Les derniers sont rentrés chez eux en octobre 1919.
  5. Originaire de Chine, la grippe espagnole arrive aux Etats-Unis avec des travailleurs asiatiques. Elle suit l'armée américaine en Europe. En France, une première vague arrive à Bordeaux en avril 1918. L'épidémie se répand d'abord dans le sud (fin avril) puis dans le nord (début mai). En août 1918, une 2ème vague arrive en France par Brest et se répand encore plus rapidement. La pandémie s’arrête en 1919. Si on additionne les 250 000 décès civils et les 30 280 décès militaires, on aboutit à une perte globale de l’ordre du 1/5 des victimes françaises de la guerre, estimées à 1 300 000.
    La grippe espagnole doit son nom à la liberté de presse en Espagne, pays neutre non soumis à la censure militaire en vigueur chez les belligérants.
  6. Sans compter Pierre Moisset et Denis Roussel, ambulanciers de l’hôpital, morts noyés le 20 août 1918.
  7. Par manque de main d’oeuvre pour compenser le départ des soldats au front, l’Etat fait appel à des travailleurs issus des colonies françaises. Ils dépendent du Service de la main-d'oeuvre coloniale et chinoise (SOTC) du Ministère de la Guerre.
  8. Les Etats-Unis entrent en guerre le 6 avril 1917, aux côtés de la France, du Royaume-Uni et de leur alliés. Mais en l'absence de service militaire, les premiers contingents américains ne commencent à débarquer qu'à la fin de 1917. A partir de mars 1918, les Etats-Unis envoient en Europe une armée qui, à l’armistice, dépasse deux millions d’hommes.
  9. En France, l'engouement nationaliste polonais et de fortes influences polonaises et françaises, poussent le président de la République Raymond Poincaré à créer, par décret du 4 juin 1917, une armée polonaise en France sous le haut commandement français et sous la tutelle politique du Comité National Polonais, émanation du Parti National Démocrate. Elle incorpore les polonais servant déjà dans l'armée française, de nombreux volontaires venus de l'étranger et d’anciens prisonniers polonais des armées allemandes et autrichiennes. Créé en décembre 1917, le 1er régiment de chasseurs polonais connaît le baptême du feu au début de juin 1918, aux côtés du 163ème régiment d'infanterie français.