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L'église et son architecture

En soi, l'église ne présente pas d'intérêt architectural particulier. Mais les péripéties de son histoire ne manquent pas de sel.

Avant 1739

Les débuts sont inconnus et les premières informations remontent à 1739.
À cette époque, il y a deux églises(1) : «Les Églises Prieuralles et Paroissiales De Cannes ne composoient qu'un seul vesseau et n'étoient séparées que par une Cloison de Bois. La Tour ou etoient les Cloches était placée au bout de la Chapelle Collateralle de la Paroisse et touchoit à l’église Prieuralle».
L'église paroissiale est destinée aux fidèles du village, l'église prieurale est destinée aux moines du prieuré Saint-Pierre(2). L'église prieurale était une extension vers l'est de l'église paroissiale. Les deux étaient séparées par une simple paroi de bois.

L'écroulement du clocher

Le 18 janvier 1739, le clocher s'écroule : «les vents ... ont renversés la Tour et tellement endomagés l'église Prieuralle qu'il a été ordonné par un Arrest du Grand Conseil» (du monastère de Saint Germain des Champs, dont dépendait le prieuré de Cannes), «qu'elle seroit démolie et qu’on batiroit une Chapelle Parallele a celle de la Ste Vierge pour y célebrer doresnavant la Messe et y exercer les Charges dont etoit tenue cy devant l’ancienne Eglise, qu’il seroit Elevé unPignon de Pierres pour fermer la Paroisse a la place de la cloison de Bois qui la separoit du Prieuré, et que la Tour seroit rebattie dans la mesme place ou elle etoit».

Négociations autour du clocher

Mais en 1746, les habitants de Cannes, par l'intermédiaire du seigneur, Louis de Réaulx, font valoir que l'accès du clocher ne sera pas facile, que le nouveau clocher risque de provoquer les mêmes dégâts que l'ancien en cas de nouvelle tempête, et que l’ancien emplacement n’est pas judicieux car on n’entend pas le son des cloches depuis le bas de Cannes.
En conséquence, «il seroit facil de remedier a ces Inconveniens en plaçant la ditte tour a la porte d'entrée de la ditte Eglise ou elle seroit Infiniment myeux tant pour la solidité que pour la Commodité. Les habitants offrent le terrain pour la placer a la condition que le changement ne derangera pas l’ancien usage des reparations qui doivent estre faittes en Commun par le prieur et les habitants.»

Une nouvelle chapelle prieurale

En 1749, la nouvelle chapelle prieurale (Saint-Pierre(3)) est construite à côté et au sud de l'église paroissiale (Saint-Georges).
Comme précédemment, la chapelle et l'église forment un seul bâtiment.
Une petite porte est ménagée au sud, du côté du prieuré pour permettre l'accès direct des moines à l'église. Elle sera la cause d'un épisode judiciaire(4) de longue durée dans les années 1870.

 

Un nouveau clocher

En 1754, le clocher est construit à son emplacement actuel pour la somme de 3 647,10 livres dont 2 840 par moitiés à la charge du prieur et des habitants. La différence est la valeur des pierres de l’ancienne tour (ou plutôt ce qu’il en reste, car en 15 ans, le tas avait bien diminué, ne serait-ce que pour construire la nouvelle chapelle prieurale).

On décide alors que «afin qu'il soit notoire que la transposition de cette tour s'est faite du consentement de toutes les partyes interessées, il sera choisy une grande pierre tendre, laquelle sera posée à 6 pieds au-dessus du rez-de-chausée dans le milieu du pilier et face au couchant(5), sur laquelle seront gravés ces mots : «Ce clocher était anciennement posé entre le choeur et la nef et conséquemment pour moitié à la charge du sieur prieur et des habitants qui n'ont consenty à sa transposition qu'aux conditions que sa construction et entretien seront à l'avenir comme auparavant à la charge des uns et des autres».
Cette clé de répartition des charges d'entretien du nouveau clocher fonctionne jusqu'à la fermeture du prieuré de Cannes, quelques années avant la Révolution.

Des ajouts récents

Au 19ème siècle, une tribune est ajoutée à l'ouest et la nef s'en trouve allongée d'environ quatre mètres. En 1849(6), le clocher est surélevé de six mètres.
L'église acquiert alors ses dimensions actuelles (en nombres ronds) :
- longueur : 31 mètres,
- largeur : 18 mètres,
- hauteur : 18 mètres,
- hauteur du clocher (au coq) : 36 mètres.
Au 20ème siècle, une cloison légère sépare la chapelle du Saint-Sacrement de la nef.

Par ailleurs, des modifications des fenêtres ont eu lieu au cours des siècles, sans qu'on puisse les dater. Mais on peut imaginer qu'elles sont contemporaines de la restauration intérieure du 19ème siècle.
Les façades nord et sud portent les traces de ces remaniements.


  1. Les parties en italiques reproduisent un texte de l'époque, avec des tournures et des orthographes quelques fois bien éloignées de ce que nous avons appris à l'école.
  2. Un prieuré est un monastère subordonné à une abbaye plus importante ; il est placé sous l'autorité d'un prieur, lui-même dépendant d'un abbé plus important. Le prieuré de Cannes possédait une ferme dont les bâtiments se trouvaient entre l'église actuelle et la rue principale.
  3. Elle porte maintenant le nom de chapelle du Saint-Sacrement.
  4. Cet épisode fera l'objet d'un article ultérieur.
  5. Elle s'y trouve encore, à droite de la porte sous le clocher, mais maintenant totalement illisible.
  6. Cette date est visible à l'extérieur en haut du clocher sur la face Nord. A cette occasion, la cloche est relevée d'autant et embellie. Elle est baptisée en grande pompe.

 


L'église : une longue affaire de clé

L'origine de l'affaire

En 1749, une nouvelle chapelle prieurale(1), est construite le long de la façade sud de l'église, en remplacement de la chapelle qui avait été détruite par l'écroulement du clocher de 1739.
Ouverte sur le choeur par deux arcades, elle a une petite porte donnant dans le jardin du prieuré, permettant aux moines de gagner l'église directement(2).

Le coup de force ecclésiastique

Le 16 juillet 1870, le curé de la paroisse, l'abbé Pierre Pascal Emmanuel Blanquet, agissant de sa propre initiative (mais avec l'accord de son évêque), sans avoir préalablement consulté ni le conseil municipal(3), ni le conseil de fabrique(4), barricade la porte, privant le comte Hermand Dulong de Rosnay (le propriétaire du château) et sa famille de l'accès privé à l'église dont ils jouissaient jusque là.

Le feuilleton judiciaire

Toute conciliation s'avérant inutile, le comte en appelle à la justice.
Le 29 octobre 1871, après près de trois mois de procédure, l'affaire est jugée par le juge de paix de Montereau : l'abbé doit laisser l'usage de la porte au comte.
Le 4 février 1872, en octroyant gratuitement une concession à la famille Dulong de Rosnay(5) alors que les autres cannois doivent payer pour acquérir leur place au cimetière, le conseil municipal attise le sentiment que certains bénéficient de privilèges.
L'abbé est persévérant. Il porte l'affaire de la clé en appel devant le tribunal de Fontainebleau qui, le 6 mars 1872, déboute le comte de sa demande de recouvrer l'usage exclusif de la porte.
Le comte, tout aussi têtu, porte l'affaire en cassation. La chambre de cassation, qui doit avoir à traiter des dossiers plus importants que celui de la clé de la chapelle Saint-Pierre de l'église de Cannes-Ecluse, traîne à rendre son arrêt qui arrive enfin le 22 juillet 1874 : le comte est définitivement débouté au motif que la chapelle n'est pas séparée de l'église par un mur et en fait donc partie, et que nul ne peut bénéficier d'un accès privilégié.

Les vraies raisons du conflit

Le dossier du comte conservé aux archives départementales à Melun et le dossier du curé conservé aux archives diocésaines à Meaux permettent d'y voir clair.
Les moines quittent les lieux un peu avant la révolution.
Le 13 avril 1791, les biens du prieuré sont vendus comme "biens nationaux(6)". Ils sont acquis par un certain Léon Pinguet. La chapelle n'en fait pas partie, car les révolutionnaires considèrent qu'elle fait partie de l'église paroissiale. Les biens du prieuré changent ensuite plusieurs fois de propriétaire au gré des ventes et des successions.
En 1803, lors d'une énième vente, à la demande de l'acheteur Etienne Cyr Macquet, un notaire peu rigoureux accepte d'écrire dans l'acte que la chapelle et le terrain sur laquelle elle est construite font partie des biens vendus. Cette clause à la validité très douteuse est la cause du conflit de 1870. Le vendeur, Louis Honoré Rebuffat, prudent et sachant bien que la chapelle n'est pas incluse dans le titre de propriété de son épouse dont il a procuration, fait noter dans l'acte qu'il consent à l'ajout de la chapelle "à condition qu'il ne [] garantira rien; qu'il restera indemne de toute répétition(7) en cas de trouble de possession et que moyennant cette condition l'acquéreur fera ce qu'il voudra de cette clause surajoutée à son titre".
Les biens du prieuré sont ensuite agglomérés aux biens du château et la chapelle entre de facto dans la propriété des châtelains qui l'utilisent régulièrement pour assister aux offices. Ils sont les seuls à en détenir la clé.

Quand, dans les années 1850, l'abbé Blanquet lance les travaux de restauration de l'église, il a un grand projet : la construction d'une travée à droite de la nef, symétrique de la travée de gauche, la chapelle de la Vierge, et l'extension de l'église derrière l'autel pour créer une petite abside(8). Il a l'appui de son évêque.
Mais pour cela, il faudrait détruire la chapelle Saint-Pierre et acquérir du terrain au sud et à l'est de l'église. Le comte est approché par le curé et par l'évêque. Trouvant insupportable d'abandonner son droit d'accès privé dans l'église et l'usage quasi exclusif de la chapelle Saint-Pierre, il refuse le projet d'extension de l'église. En contrepartie, il finance en partie la restauration(9) de l'église.
L'abbé, qui a recours aux services de Paul Quesvers, l'historien monterelais bien connu, a connaissance de la clause notariale douteuse de 1803. C'est sûr de son bon droit et probablement pour se venger du comte qui a anéanti ses projets architecturaux que, le 16 juillet 1870, il engage les hostilités.
La justice lui donne finalement raison en 1874, mais c'est une victoire à la Pyrrhus(10) car le comte refuse toujours de vendre le terrain nécessaire à l'agrandissement de l'église.

Un accord amiable posthume

L'abbé Blanquet décède le 28 août 1877. Il a 69 ans.
Des négociations commencent alors entre le conseil de fabrique et le comte, tous deux vraisemblablement désireux d'en finir. Le conflit se termine enfin le 8 octobre 1877 par un accord amiable entre les deux parties, qui stipule que "Mr le Comte Dulong et Mme la Comtesse auront, pour le temps de leur vie, la faculté d'entrer dans la chapelle par la porte donnant dans leur jardin, à charge pour eux de payer chaque année une indemnité de deux cents francs au trésorier de la Fabrique de Cannes". Ce droit d'usage n'est pas transmissible.
L'affaire judiciaire aura duré plus de sept ans !

Un ultime épisode

En 1901, il se produit un ultime épisode.
Dans son testament, la comtesse Marie Deville, la veuve du comte Hermand Dulong de Rosnay, décédée le 25 avril, lègue 20 000 francs à la commune pour terminer le bas-côté droit de l'église(11), précisant : "je laisse [] vingt mille francs pour terminer le côté droit de l'église sur le prieuré en réservant une porte d'entrée spéciale pour le château."
Le 9 février 1902, le conseil municipal(12) "accepte avec empressement et gratitude ce legs mais pour ne pas retarder la délivrance, prie les héritiers de la testatrice de vouloir bien renoncer à l'entrée spéciale qui grèverait à perpétuité l'église d'une servitude au profit du château quels qu'en seraient les propriétaires."
Le 10 juin, la comtesse Madeleine de Fitz-James, la fille de la comtesse Marie Deville et du comte Hermand Dulong de Rosnay, "refuse de renoncer à cette entrée et demande l'exécution complète du legs".
Le conseil municipal clôt alors le débat ainsi : "le Conseil, considérant qu'il n'a pas le droit d'accorder une entrée qui grèverait l'église à perpétuité d'une servitude, déclare ne pouvoir accepter le legs de Madame la Comtesse Dulong de Rosnay, à cause des conditions imposées".
Cette fois l'affaire de la porte et de la clé est terminée, définitivement.
Elle aura duré 32 ans.
Et le côté droit de l'église ne sera jamais agrandi.

 

  1. Alors, la chapelle Saint-Pierre, aujourd'hui, la chapelle du Sacré-Coeur.
  2. La porte donne maintenant sur le monument aux morts.
  3. L'église paroissiale est propriété de la commune.
  4. Au 19ème siècle, la fabrique désigne un ensemble de décideurs (clercs et laïcs) nommés pour assurer l'administration des fonds et des revenus nécessaires à la construction puis à l'entretien des édifices religieux et du mobilier d'une paroisse.
  5. Pour le remercier de ses bienfaits. Le comte emploie une vingtaine d'habitants de la commune. Il est conseiller municipal.
  6. Pendant la Révolution française, les possessions de l’Église sont déclarées biens nationaux par le décret du 2 novembre 1789. Ils sont vendus pour résoudre la crise financière qui a causé la Révolution. Le domaine de la Couronne subit le même sort. La notion de bien national est ensuite étendue aux biens des émigrés et des suspects, qui sont confisqués à partir du 30 mars 1792, puis vendus après le décret du 27 juillet.
  7. Exempté de toute réclamation.
  8. L'abside est la partie qui termine le choeur d’une église, soit par un hémicycle, soit par des pans coupés, soit par un mur plat (Dictionnaire raisonné de l’architecture française du 11ème au 16ème siècle, Viollet-le-Duc).
  9. Sous la forme d'un don à la commune de 1 000 francs (de l'ordre 17 000 euros de 2011) pour une nouvelle verrière au-dessus du maître-autel et d'un prêt de 1 700 francs (de l'ordre de 30 000 euros) à taux nul sur douze ans pour la réparation de la voûte.
  10. Une victoire à la Pyrrhus est une victoire avec un coût dévastateur pour le vainqueur.
  11. Pour en faire le symétrique de la chapelle de la Vierge, comme le rêvait l'abbé Blanquet.
  12. Le maire est Alexandre Jozon.

 


L'intérieur de l'église

Une architecture du 19ème siècle

L'architecture de l'église, telle qu'on peut la voir aujourd'hui, date des années 1850 – 1870, époque à laquelle une restauration importante de l'église fut réalisée sous l'impulsion de l'abbé Blanquet.
Mais ce dernier, décédé en 1877, n'en voit pas la fin car la mise en service du chauffage de l'époque n'a lieu qu'en 1888, ainsi qu'en témoigne une inscription dans la chaufferie située dans une cave sous le parvis devant l'église.

Les travaux réalisés ne sont décrits par aucun document parvenu jusqu'à nous, mais peuvent être retrouvés par l'observation :

  • allongement de la nef avançant la porte principale au niveau du clocher, et création d'une tribune dans la partie ajoutée,
  • abandon de la voute simple en lattis de bois en demi-cylindre, par une voute à nervures, quelque trois mètres au-dessous de la précédente,
  • installation de boiseries de style baroque, d'un maître-autel et d'un tableau dans le choeur.

La structure

L'église comporte une nef et deux chapelles latérales.
La chapelle de la Vierge, à gauche, n'est séparée de la nef que par une rangée de quatre piliers carrés.
La chapelle de droite est plus petite puisque la séparation d'avec la nef ne comporte qu'un seul pilier. Elle est élevée en 1749 en remplacement de l'église prieurale détruite en 1739 quand le clocher s'est écroulé. Jusqu'à la disparition du prieuré un peu avant la révolution, elle remplit la fonction de chapelle prieurale et, à ce titre, elle comporte une petite sacristie. Au 19ème siècle sa restauration est financée par la famille Dulong de Rosnay. A la fin du 20ème siècle elle est séparée de la nef par une cloison légère. Anciennement dédiée à Saint-Pierre, elle porte maintenant le nom de chapelle du Sacré-Coeur.
La marche d'entrée du choeur du vaisseau principal et du choeur de la chapelle de la Vierge, porte des traces au sol indiquant qu'une petite barrière a pendant un temps fait séparation. Des traces d'inscriptions maintenant illisibles sont visibles au sol à l'emplacement de la barrière.

Le mobilier

Le maître-autel, de style baroque, est surmonté d'une peinture inspirée par Rubens et flanquée de deux colonnes. La pierre d'autel est une pierre tombale, certainement récupérée sur place(1). Mais les inscriptions sont trop abimées pour permettre toute identification.
Dans le choeur des stalles de bois matérialisent des séparations physiques avec les chapelles latérales.
Dans le côté gauche de la nef, des bancs accueillent les fidèles. Les bancs symétriques à droite ont disparu dans les années 1960. Comme la chaire qui menaçait de s'écrouler, ils étaient en trop mauvais état pour être réparés. La chaire a été supprimée et les bancs ont été remplacés par un plancher et des chaises.
Les chapelles latérales abritent des autels plus petits, également de style baroque.

Les plaques, statues et vitraux

Quelques ex-voto sont autant de remerciements des fidèles au Christ et à Saint-Antoine.
Au fond de l'église trois plaques méritent un arrêt. La plus ancienne datée de 1852 rappelle le souvenir de l'abbé de Pons Rennepont(3). Une autre plaque rappelle le souvenir de l'abbé Blanquet déjà évoqué. Une plaque plus modeste rappelle le curé Edmond Regnard, qui officia à Cannes-Ecluse et à Esmans de 1954 à 1976.
A côté de la porte de la sacristie, un petit bas-relief en bois doré représente Saint-Georges, le patron de la paroisse, terrassant le dragon.

La statuaire est assez pauvre. A part la statue de Saint-Vincent dans la nef à droite, ce ne sont que des statues de grande série.
Même si elle ne présente aucun intérêt artistique, la statue de Saint-Fiacre dans le fond de l'église mérite un commentaire : Saint-Fiacre est le patron des jardiniers et, à ce titre; il était honoré par les cannois. Jusque dans les années 1920, une procession était organisée le dernier dimanche d'août suivie de festivités profanes(4) et jusque dans les années 1960, une fête foraine se tenait place Miramon à cette date.

Les vitraux sont de simples verrières colorées. La plus jolie, offerte par la famille de Tressan lors de la restauration de l'église au 19ème siècle, se trouve au-dessus de la porte principale.

La cloche de 1757

La cloche en place en 1739 n'a pas survécu à l'écroulement du clocher. En effet, dans un article paru à la fin du 19ème siècle, Paul Quesvers, l'historien de Montereau, évoque le baptême d'une nouvelle cloche en 1757. Il raconte :
"les relations entre l'abbé Henrielli(5) et son seigneur, le comte Louis de Réaulx, paraissent n'avoir pas toujours été très amicales ainsi que le laisse pressentir un petit incident raconté tout au long, par le curé, sur ses registres paroissiaux(6) : le marquis François-Louis de Réaulx, fils du comte seigneur de Cannes, "avoit accepté d'être parrain" d'une cloche nouvelle, mais le baptême traînait trop au gré des paroissiens et du pasteur.
En effet, la cloche était dans l'église depuis trois ans(7), "ce qui étoit cause que la plus grandepartie des paroissiens n'assistoient pas aux offices"
.
Le curé finit par perdre patience et, le mardi 12 avril 1757, il se transporta au château de Cannes, accompagné d'Edmé Meunier, marguillier(8) en exercice, "pour supplier M. le comte des Réaulx, seigneur de la paroisse, d'assister en qualité de parrain, aux lieu et place de M. le marquis des Réaulx, son fils alors absent, qui avoit accepté d'être parrain de ladite cloche, avec madame la marquise de Champigny, et dont les noms sont inscrits sur ladite cloche, lequel a répondu que ny lui ny son fils n'assisteroient pas à ladite cérémonie en cette qualité… réponse que nous n'avions pas sujet d'attendre."
Le curé Henrielli ne se tint pas pour battu, et, pour prouver à son seigneur qu'il pouvait parfaitement se passer de lui et de son fils, il choisit "Edmé Meunier, fils d'Edmé Meunier, vigneron, et Marie-Jeanne Decornoy, fille de Félix Decornoy, laboureur, pour assister à la cérémonie en qualité de parrain et de marraine."
La cloche fut baptisée en grande pompe le dimanche 17 avril. Et, si, sur l'acte de baptême, on ne peut lire les titres et qualités de haut et puissant seigneur messire Louis, comte de Réaulx, chevalier, seigneur de Cannes, Alis, Cochois, Grisy, Haut-Champs, Avant et autres lieux, on voit à leur place figurer les modestes signatures d'Edmé Meunier et d'Eracle Drège, marguilliers en charge.

La cloche actuelle

D'un diamètre extérieur de 107 centimètres, elle porte la date de 1849.
Mais ça n'est pas la date de sa fonte car l'indication en latin(9) indique une réparation et un embellissement par les établissements Barrard à la Chapelle-Monthodon (Aisne). Il s'agit en fait de la date de sa mise en place à sa position actuelle après la surélévation du clocher.
Le texte précise qu'elle est dédiée à la Vierge Marie et à Saint-Georges, le patron de la paroisse.
Elle est baptisée en 1849, en présence du maire Louis Alexandre Jozon, de son adjoint Célestin Barbara et du curé, l'abbé Pierre Pascal Emmanuel Blanquet. Sa marraine et son parrain sont la comtesse Marie Deville, épouse d'Hermand Gabriel Etienne, comte Dulong de Rosnay, et Amable Charles, comte de Fautras.
Son nom est Amable Marie-Charlotte.
Elle est actionnée par une corde dont l'extrémité est enfermée dans un petit placard fermé à clef pour éviter les plaisanteries, l'église restant alors ouverte à tous dans la journée. Dés 1886, la commune doit affecter un budget spécial à sa réparation(10).
Dans les années 1960, elle est électrifiée.

Le dallage

En soi, le dallage de dalles blanches et noires n'a aucun intérêt, mais il pose question. En effet, alors que le bâtiment est bien rectiligne, les lignes du dallage ne le sont pas. A l'entrée du choeur, il présente un angle vers la gauche de quatre à cinq degrés et au niveau du maîtreautel, il présente un angle inverse de la même valeur.
Ce désaxé résulte du fait que la marche marquant l'entrée du choeur n'est pas exactement perpendiculaire aux murs de l'édifice.
Le paveur a du maudire le maçon.

L'aménagement actuel

 

  1. Daniel d'Auger de Subercase, 1687 – 1732, propriétaire de la "maison neuve", l'actuelle mairie, et plusieurs prieurs du prieuré Saint-Pierre ont été enterrés dans l'église.
  2. Inspirée de la Descente de croix, 1612 – 1614, cathédrale d'Anvers, de Pierre Paul Rubens (1577 – 1640).
  3. Antoine Clériadus René de Pons Rennepont est le troisième fils d'une famille noble de Champagne. Il est né le 20 novembre 1756 à Roches-sur-Rognon (actuellement Roches-Bettaincourt en Haute-Marne), et mort en 1787 après avoir été prieur de Cannes puis vicaire général du diocèse de Nancy. Il laissa par testament une somme de six mille livres aux pauvres de la paroisse, doublée par son frère qui fut son exécuteur testamentaire.
  4. En 1968, le Bulletin de la Société d'Histoire et d'Art du Diocèse de Meaux décrit ainsi les festivités de 1920 :
    le lundi, on garnissait un brancard avec des fleurs dans un café - restaurant ; les fleurs dissimulaient une brioche.
    Puis les musiciens de la fête foraine précédaient le cortège qui partait du café jusqu'à l’église, garçons et filles bras dessus bras dessous. Suivait la messe, où l’on chantait un cantique en l’honneur de Saint Fiacre. A la sortie de la messe, une porteuse de brioche bénie en distribuait les morceaux. Puis un cortège partait dans le village distribuer d'autres brioches aux membres honoraires de la confrérie. Chaque brioche offerte était placée dans une assiette couverte d’un linge, sous lequel le notable glissait une pièce. Les festivités se continuaient par un banquet, suivi d’un bal. Le soir, un champagne d’adieu regroupait les participants.
  5. Curé de Cannes de 1748 à 1761.
  6. Les parties en italiques sont la transcription d'un texte d'époque avec la grammaire et l'orthographe en usage alors.
  7. Soit depuis 1754, date de la reconstruction du clocher à son emplacement actuel.
  8. Le marguillier était un laïc qui avait, dans la paroisse, la charge du registre des personnes qui recevaient les aumônes de l'Église. Il servait d'aide au sacristain.
  9. Sur une face : DOM, Virgini dei parae et sancto Georgio patrono anno MDCCCXLIX, Petro Paschali Emmanuel Blanquet rectore, Ludovico Alexandro Jozon pagi prefecto celestino barbara, adjuncto reparata et aucta fui
    Sur l'autre face : Barrard à la Chapelle Monthodon près Dormans Marne, DOM, Virgoni dei parae et sancto Georgio Patrono, amabilis Maria Carola vocor hec mihi imposuere nomina, Nobilis Amabilis Carolus comes de Fautras et nobilis Maria Deville uxor et comitissima, nobilis Hermandi Gabrielis Stephani comitis Dulong de Rosnay
  10. La nature du problème n'est pas connue.