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Les origines

La construction d'un premier château sur l'emplacement actuel au centre du village, au croisement des voies Est-Ouest et Nord-Sud, semble remonter aux années 1100.
Il aurait été construit en partie avec des matériaux provenant de la démolition d'un château plus ancien situé dans la "forêt de Cannes", aux confins de La Brosse-Montceaux.

La consistance et l'architecture de ce premier château ne sont pas connues. L'observation sur site laisse à penser que le bâtiment seigneurial, qui devait occuper l'emplacement du château actuel, et ses annexes formaient un rectangle entouré d'un fossé.

Une légende

La légende locale raconte qu'il était relié par souterrains aux châteaux d'Esmans (la ferme fortifiée) et de la Brosse-Montceaux.
Ne s'agit-il que d'une légende comme on en rencontre souvent(1) ?
Pas facile de se faire une idée d'autant que de tels souterrains avaient avant tout un usage défensif.
Deux indices laissent à penser que la légende pourrait avoir un fondement de véracité : il existe sur le site actuel une cave ayant vaguement la forme d'un souterrain se terminant sur un éboulis après quelques mètres. Et puis, quand, pendant la seconde guerre mondiale, l'âne Pompon de la ferme du château mourut, les ouvriers agricoles, au lieu de l'ensevelir, le jetèrent dans une cavité en face du chenil de la police actuel. Vu la nature des sols à Cannes-Ecluse, cette cavité n'était certainement pas naturelle. N'était-ce pas un tronçon de souterrain ?
A contrario, nombreux sont les enfants d'Esmans ayant exploré la ferme fortifiée sans jamais y découvrir de départ de souterrain.

Les châtelains

L'histoire a retenu les noms de 24 châtelains entre 1297 et 1793.
Les plus illustres furent :

  • 1441 à 1638 : la famille de Louviers, dont Nicolas de Louviers, prévôt des marchands (chef de la municipalité) de Paris. Il était le propriétaire de l'île aux Javiaux à Paris(2).
  • 1695 à 1726 : Louis Gon de Bergonne, maître ordinaire en la Chambre des Comptes.
  • 1726 à 1730 : Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie française, avocat de Louis XVI, guillotiné le 22 avril 1794.
  • 1730 à 1780 : Louis, comte de Réaulx, marquis de Coclois, Grisy et Hautchamps. Il fut impliqué dans l'épisode de la reconstruction du clocher de l'église(3) au début du 18ème siècle.
  • 1784 à 1793 : Louis Marie Florent de Lomont d'Haraucourt, duc du Châtelet, officier et diplomate, guillotiné le 13 décembre 1793.

Ces châtelains ne résident que très rarement à Cannes, car ils possèdent de nombreuses autres propriétés. Ils se contentent de toucher les revenus des terres et du gué sur l'Yonne.
En 1805, Antoine Germain(4) acquiert le château, vendu comme bien national.

Le château actuel

Le château est ensuite la propriété de plusieurs familles nobles : les d'Hanmer-Claybrooke, puis les Deville.
En 1838, il entre dans la famille Dulong de Rosnay par le mariage d'Hermand, fils de Louis Dulong(5), général de Napoléon 1er et de Louis XVIII, avec Marie Deville.
Hermand le restaure totalement et lui donne son architecture actuelle.
Par mariages, il devient ensuite propriété des familles de Fitz-James(6) et de Miramon(7).
Plusieurs membres de ces familles illustres sont enterrés au cimetière de Cannes-Ecluse, dont Madeleine Dulong de Rosnay, née le 25 juin 1845 à Cannes-Ecluse, décédée le 1er novembre 1913 à Cannes-Ecluse, épouse de Jacques Charles Edouard de Fitz-James, décédé le 30 novembre 1913 à Cannes-Ecluse. Son fils, Edouard Jacques Joseph, est maire de Cannes-Ecluse entre 1912 et 1914.

Le preventorium

A la fin des années 1920, la famille de Miramon se sépare du château qui devient une "maison de repos"(8) puis un préventorium(9).

Pendant la deuxième guerre mondiale, il abrite quelques familles juives fuyant Paris et transitant par Cannes-Ecluse. Des concerts et des spectacles sont organisés par "l"Amicale des Convalescents du Préventorium" au profit des prisonniers de guerre de la commune.
L'utilisation massive des antibiotiques dans la lutte contre la tuberculose ayant réduit à néant l'utilité des préventoriums, le dernier propriétaire privé, Eugène Lecomte(10), s'en sépare en 1963.


L'École Nationale Supérieure des Officiers de Police

Le domaine est acheté par le ministère de l'intérieur qui, en 1964, y installe le Centre National d'Education Physique de la Police et le Centre National de Formation des Unités Cynophiles.
En 1971, est créée l'École Supérieure des Inspecteurs de la Police Nationale (ESIPN). La première promotion d'élèves inspecteurs est accueillie le 16 septembre 1974.
Par décret du 11 juillet 1995 de Jean-Louis Debré, ministre de l'intérieur, l'ESIPN devient l'École nationale supérieure des officiers de police (ENSOP).
L'école reçoit par deux fois la visite du Président de la République : Valéry Giscard d’Estaing, le 25 janvier 1979, et François Mitterrand, le 14 juillet 1985(11).

Les dépendances

Quand le château est vendu comme bien national, lui sont rattachés le bois de la Garenne, la ferme du château, la ferme du moulin et une longue esplanade (l'avenue) qui va du château à la route Paris – Sens, là où sont maintenant les bâtiments modernes de l'ENSOP.
Les comtes, de très loin les plus gros propriétaires terriens de la commune, disposent d'un accès direct au bois de la Garenne, par un passage sous la rue Chaude (au niveau de la glacière, à l'embranchement de la rue de la Garenne)(12).
Initialement, les bâtiments de la ferme du château sont attenants au château lui-même, à peu près à l'emplacement du Centre national de formation des unités cynophiles de la police nationale (CNFUC). A la fin du 19ème siècle, la ferme est déplacée à son emplacement actuel après un incendie.
Si à l'époque des comtes l'esplanade est un espace libre de bâtiments et de cultures, laissant la vue libre depuis le château jusqu'à la route, il n'en fut pas toujours ainsi.
En effet, en 1918, lors de l'installation sur l'avenue(13) d'un hôpital militaire provisoire où sont soignés des militaires blessés au front(14), on y découvre(15) une nécropole gallo-romaine dont un sarcophage qui se révèle être une borne milliaire(16) évidée.

Plus tard, en 1972, des poteries gallo-romaines sont exhumées pendant la construction de la résidence des élèves de l'ENSOP.
La borne milliaire de 1918 et des poteries de 1972 sont visibles à la mairie.

  1. Les récits racontant des histoires de souterrains et de grottes secrètes renfermant des trésors cachés sont nombreux partout dans le monde. Très peu sont autre chose que des légendes.
  2. L'île aux Javiaux était une île de la Seine légèrement en amont de l'île Saint-Louis entre les actuels boulevard
    Morland et quai Henri IV. En 1847, l'île fut rattachée à la rive.
  3. Un article ultérieur sera consacré à cet épisode.
  4. Les archives le désignent comme propriétaire à Paris. Il est ensuite maire de la commune de 1814 à 1816.
  5. Né à Rosnay (maintenant Rosnay-l'Hôpital), dans l'Aube, fait comte par Charles X, il se fait appeler Dulong de Rosnay. Ses enfants continuent cette pratique, même si aucun acte officiel ne la confirme.
  6. Le premier duc de Fitz-James était le fils naturel de James Stuart (1633 – 1701), roi d'Angleterre sous le nom de Jacques II et roi d'Ecosse sous le nom de Jacques VII.
  7. La place entre le château et la voie ferrée porte le nom de Miramon.
  8. Une publicité de 1930 est libellée ainsi : "Maison de repos du château de Cannes-Ecluse, près de Montereau (Seine-et-Marne) pour les deux sexes, y compris ménages de classe moyenne. Grand parc. Air très pur. Chambres personnelles. Alimentation soignée. Prix : 30 à 40 francs par jour".
  9. Un préventorium était une institution pour des patients infectés par la tuberculose mais qui n'avaient pas encore la forme active de la maladie. Nombreux au début du 20ème siècle, ils étaient conçus pour isoler ces patients aussi bien des individus non-infectés que des patients présentant des symptômes visibles.
  10. Maire de la commune de 1962 à 1971.
  11. Cette visite a donné lieu à un défilé officiel des forces de police devant le gouvernement, commenté pour la télévision par Léon Zitrone. A l'occasion, la D 606 (alors la RN 6) avait été fermée à la circulation et transformée en parking.
  12. Il disparaît dans les années 1990 lors de travaux de voirie.
  13. A l'emplacement du gymnase de l'ENSOP, au débouché du chemin des graviers.
  14. Cinq soldats polonais qui, entre mars et août 1919, n'ont pas survécu à leurs blessures, sont enterrés au cimetière, à proximité du drapeau tricolore.
  15. Voir article n°3 de Septembre 2011 consacré à l'archéologie.
  16. Les romains balisaient leurs voies de grandes bornes tous les milles – un mille romain mesure 1 482 mètres.