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La maquette de "L’Assuré", vaisseau de 70 canons

Jusqu’en 1962, on pouvait admirer dans l’entrée de l’ancienne mairie, place Charles-de-Gaulle, un modèle au 1/36ème d’un imposant navire, un vaisseau du 18ème siècle portant le nom de "L’Assuré".
Ce modèle, construit par le chevalier André de Fautras d’Andreuil, avait été offert à la commune en 1889 par le marquis Henri de Tressan.
En 1962, malgré les précautions prises, la maquette commence à se détériorer. Les élus, conscients du fait que sa conservation est du ressort de spécialistes, en font don au Musée national de la Marine.

Le constructeur de la maquette

André de Fautras naît à Paris le 28 mars 1728.
Après une brillante carrière dans l'artillerie de terre de 1745 à 1761(1), le chevalier de Fautras participe à l'organisation de l'artillerie de marine. Il est nommé lieutenant de vaisseau en 1762, puis major du port de Brest. En 1769, sous son impulsion, est constitué le Corps Royal d'Artillerie de la Marine. Il reçoit un brevet de capitaine de vaisseau en 1772, est nommé major général de Brest en 1780 et chef d'escadre des armées navales en 1784.
En 1792, il est reformé par la Révolution.
Il se marie en 1794 ; il a alors soixante-six ans et sa femme vingt-six. Ils n’ont pas d’enfant.
Sa pension de retraite ne lui est jamais payée entièrement. Ruiné(2), il est contraint de vendre jusqu’à son mobilier. Le 7 brumaire an IX(3), Bonaparte régularise la situation des anciens officiers généraux de la marine. André de Fautras obtient alors une pension de retraite revalorisée.
Le 6 juillet 1814, après la Restauration, il reçoit de Louis XVIII le grade de vice-amiral en retraite, ainsi que le cordon de grand-croix de l’ordre de Saint-Louis(4).
Il meurt à Paris le 1er décembre 1814, à 86 ans.

Le modèle de la maquette

C’est un navire de guerre armé de 70 canons, typique de la période 1687-1725, d’une longueur totale de 72m et d’une hauteur totale de 59m.
Sa coque mesure 57m de long sur 15m de large, avec un tirant d’eau de l’ordre de 8m.
Sa voilure représente 2 500m²(5). Il navigue à une vitesse maximale de 10 noeuds(6).
Sa construction a nécessité environ 100 000 heures de travail, 2 900 chênes pour la coque et 250 résineux pour les mâts.
L’équipage comprend 700 hommes environ (15 officiers, 80 sous-officiers, 580 marins et militaires, 25 employés civils et ouvriers) qui vivent dans des conditions très difficiles (promiscuité, hygiène, nourriture, combats, …).

Les pérégrinations de la maquette

La date de construction de la maquette doit se situer dans la période de retraite forcée d’André de Fautras, après 1792.
A son décès en 1814, elle passe à son neveu Amable de Fautras(7), installé à Cannes-Ecluse depuis 1810(8). Quand Amable meurt sans descendance en 1855, c’est son beau-frère Joseph de Lavergne-Montbazin de Tressan qui prend possession de sa résidence et de la maquette.
Celle-ci reste dans la famille jusqu’à ce qu’en 1889, Henri de Tressan(9), petit-fils de Joseph, en fasse don à la commune qui l’installe dans l’entrée de la mairie de l’époque.
Depuis 1962, elle est conservée dans les réserves du Musée national de la Marine, à l’abri de la lumière naturelle, dans des conditions de température et d’humidité très contrôlées, dans l’état de 1962, déjà bien fragile(10).
Une description très détaillée en est donnée par Jean Boudriot (1921-2015), dans le numéro 137 de Neptunia, revue éditée par l’Association des Amis du Musée de la Marine.

  1. Il participe à la guerre de succession d’Autriche (1740-1748) et à la guerre de sept ans (1756-1763).
  2. Il avait souscrit aux emprunts royaux. Mais la Révolution, ne reconnaissant qu’une faible partie des dettes de la monarchie, a laissé les créanciers très appauvris ou ruinés.
  3. 29 octobre 1800.
  4. Ordre honorifique créé par Louis XIV en 1693 pour récompenser les officiers les plus valeureux.
  5. La moitié d’un terrain de football.
  6. 18,52 km/h. A comparer à la vitesse moyenne de 26,85 noeuds (49,73 km/h) atteinte par Francis Joyon lors de son record du tour du monde à la voile en équipage de janvier 2017.
  7. Maire de Cannes-Ecluse de 1816 à 1830. Son portrait orne la salle du Conseil municipal.
  8. Sa résidence devient la mairie en 1986.
  9. Il sera ensuite maire de Cannes-Ecluse en 1907 – 1908.
  10. Sans ces strictes précautions, le modèle ne serait probablement plus qu’une coque sans voiles ni mâts.