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La statue de Saint Georges

L'église de Cannes-Ecluse est consacrée à Saint Georges(1), tout comme l'une des deux églises(2) de Marolles-sur-Seine, aujourd'hui disparue.
L'origine de ce lien entre les deux églises est dans une légende qui dit que lors d'une grande crue, comme celles que l'on connaissait encore dans les années 1950 – 1960, une statue de l'église de Marolles représentant Saint Georges, fut emportée par les flots et s'échoua devant l'église de Cannes, qui, en conséquence, fut aussi dédiée à ce saint.

La légende ne dit pas à qui l'église de Cannes-Ecluse était dédiée avant cette affaire.
Une modeste statue représentant un militaire romain est conservée dans l'église. Est-ce la statue de la légende ? Pas sûr, car elle est en plâtre.

Le trou "Collinet"

Le trou(3) "Collinet" se trouve aux confins de Cannes-Ecluse, entre Montereau et Marolles, peu après le débouché de la route Cannes, en allant vers Marolles.
Il s'agit d'un point bas laissé par ceux qui ont amélioré la route au cours des ans, pour faciliter l’écoulement des eaux lors des grandes crues de l'Yonne ou de la Seine.

La légende dit qu'un certain Collinet qui passait par là, y fut englouti avec âne et carriole sans qu'on n'en retrouve jamais rien.
Quoi qu'il en soit, des accidents s'y produisaient régulièrement.

Une soucoupe volante

Dans un article du 11 juillet 1952, "La Délivrance", l'hebdomadaire monterelais des potins locaux, rapporte un événement rare :

Les Soucoupes Volantes
On en aurait aperçu une à Cannes-Ecluse.
Si nous en croyons une personne digne de foi, alors que le soleil dardait ses rayons avec une abondance dont on l'aurait dispensé, un habitant de Cannes-Ecluse aurait aperçu le grand disque argenté qui frappe tant d'imaginations ou qui existe (!).
Nous ne prenons pas position et si des confirmations doivent être fournies, nous les publierons pour nos lecteurs.

La publication d'un tel article, inconcevable maintenant, s'inscrit bien dans le contexte d'une époque où on n'avait pas de problème d'emploi, où l'optimisme était de rigueur, … Le journaliste reste cependant très précautionneux, un petit sourire narquois au coin des lèvres. Il fallait bien meubler l'espace.

La foudre

Ce fut un sacré coup de foudre en ce 6 septembre 1958. Ou plutôt un double coup de foudre qui frappa les maisons situées tout à l’extrémité Est de la rue Saint-Georges, les lézardant du haut en bas, et également sur un train qui passait juste à ce moment. Le premier foudroiement arrêta le train et le second le souda aux rails et détruisit les caténaires sur 160 mètres.

Les passagers surpris se demandaient bien où ils étaient. Comme il s'agissait du Mistral(4), un train au long court se rendant dans le Midi, il se trouva des plaisantins cannois qui leur répondirent qu'ils étaient arrivés à Cannes. Sans préciser qu'il y a également une écluse, les autochtones essayaient de leur faire croire qu'ils étaient presque à destination.

Pour dégager le train en panne et comme toute alimentation électrique était coupée, il fallut faire appel à une locomotive à vapeur qui vint spécialement du dépôt de Villeneuve-Saint-Georges. Ce fut l'une des dernières fois où l'on vit circuler ce type d'engin sur la ligne.

Un "instit" de choc

Les garçons qui passèrent par l’école primaire dans les années 1950 – 1960 eurent à faire à un instituteur haut en couleurs.
Jean Noguès possédait un savoureux accent de la Haute-Garonne. Sa classe comportait une trentaine de garçons répartis sur trois niveaux scolaires.

Il avait la passion de son métier d’éducateur et ne supportait pas que les gamins de sa classe osent ne pas entrer dans le moule du bon élève. De temps à autre, quand la discipline se relâchait, ça explosait. Les élèves étaient priés de sortir rapidement de la classe. Et commençait un tour de place de l'église(5), à la queue leu leu et en silence, sous les yeux surpris, amusés ou habitués des passants. Ça calmait les nerfs de tous, instituteur et élèves.

En classe, les élèves étaient assis par deux à des tables avec case à abattant et sièges à bascule.
On écrivait à la plume et à l'encre violette. L'encre était fabriquée localement avec des pastilles diluées dans une bouteille à bec verseur. Les stylos à bille que certains récalcitrants préféraient utiliser étaient systématiquement confisqués et jetés dans les toilettes (une simple cabane sur une fosse en contrebas de l'école).

Les origines méridionales de l'instit ressortaient les samedis après-midi(6) quand il y avait un match de rugby du tournoi des cinq nations. Les élèves et leur instituteur se réunissaient en un silence religieux autour du poste de TSF, installé dans la classe pour l'occasion, pour écouter la retransmission. Ce fut le début de nombreuses vocations d'amateurs de rugby, en spectateur seulement, car dans la région de Montereau, il n'y avait pas de club où pratiquer.

Jean Noguès a pris sa retraite en 1966 et a regagné sa région natale.

Le tambour

A cette même époque, le garde champêtre était chargé de la délicate mission de diffuser les informations municipales officielles.
Pour cela il était équipé d'une bicyclette et d'un tambour. Bien qu'ayant perdu une jambe et qu'il soit appareillé, il parcourait vaillamment le village en s’arrêtant à des points stratégiques et il officiait.

Le rituel, bien rodé, était immuable :

- long roulement de tambour,
- rangement des baguettes dans l'emplacement prévu dans le baudrier de   l'instrument,
- "Avissss à la population" (avec au moins 4 S),
- lecture du texte de l'avis,
- "signé X, Maire de la Commune",
- sortie des baguettes de leur lieu de repos,
- court roulement de tambour,
- "Qu'on se le dise !!!",
- à nouveau un court roulement de tambour,
- rangement des baguettes,
- explication de texte en privé pour ceux qui avaient mal entendu ou mal compris la   portée du précieux message,
- d'un geste habile, mise en place du tambour dans le dos de l’opérateur,
- enfourchement de la bicyclette,
- et en avant pour d'autres administrés.

Tout cela prenait un certain temps, souvent allongé par la participation impromptue d'un train intervenant dans le cérémonial sans en avoir obtenu l'autorisation préalable, ce qui obligeait à interrompre la délivrance du message, voire à la recommencer complètement.

Au moins, le message était-il connu de la majorité des habitants et les nouvelles importantes mais non officielles (la santé des cannois, leurs affaires petites ou grandes, en un mot les potins) circulaient-elles rapidement. L'Internet du moment.

Les "roulées"

Dans la même période, ce mot désignait la tournée effectuée le jeudi saint par les trois ou quatre enfants de choeur du village.

Ils profitaient des vacances de Pâques, qui comprenaient alors toujours la semaine sainte, et d'une pause dans la préparation des cérémonies religieuses, pour faire le tour de toutes les maisons (il n'y avait alors qu'un petit millier d'habitants), se présenter, chanter à genoux la chanson traditionnelle(7) et recueillir argent et oeufs frais en remerciement de leur participation au service du culte.

Le soir, après avoir parcouru quelques kilomètres, avoir beaucoup agité la crécelle de bois servant à annoncer leur passage, et malgré quelques oeufs frais gobés en cours de route pour se refaire des forces, il ne fallait pas les bercer pour les endormir.
De l'écluse à l'ancien passage à niveau du Bout d'en Haut, du Grand Fossard à la ferme du Bon Accueil, de la ferme du château à la ferme du moulin, cela fait pas mal de chemin pour les jambes d'enfants de dix à quatorze ans !

Le chômage

A propos de l'Yonne, voici un rappel d'une pratique qui avec l’amélioration des techniques est plus rare : le chômage. Il s'agissait, une fois par an, de retenir l'eau dans les biefs amont et de mettre quasiment à sec le bief entre le barrage de Roche-Cul (de son vrai nom, le barrage de La Brosse) et Cannes-Ecluse en abattant le barrage de Cannes. Pendant plusieurs jours, le niveau de la rivière était abaissé de plusieurs mètres, réduisant la largeur de la rivière des trois quarts, ceci pour permettre d'effectuer des travaux de maintenance sur les ouvrages et les berges.

C’était l'occasion pour aller à l'exploration des fonds exceptionnellement découverts. On trouvait pas mal de chose : bien sûr, les objets inutiles jetés à la rivière, mais aussi des écrevisses qu'il fallait débusquer sous les pierres. Il ne fallait pas tarder pour aller à leur recherche car ces gentils animaux ne restent pas longtemps éloignés de l'eau fraîche. Il fallait donc opérer dans la demi-journée qui suivait la baisse de l'eau et, donc, patauger dans pas mal de vase. Mais le produit de la chasse était fameux à déguster.

C’était également l'occasion pour la commune de remettre en état la baignade, dont les eaux ne sont plus maintenant occupées que par des barques et des cygnes. Dommage, c’était bien agréable et plus sympathique qu'une piscine. Il s'agissait de retirer la vase accumulée en un an, de remettre les fils de fer limitant la zone où l'on a pied et de redresser le plongeoir malmené par les champions locaux. Il y avait d'ailleurs, à l’entrée du site, juste après le pont du chemin de fer, une pancarte vantant le caractère riant de la vallée. L'abandon de la baignade date de la construction du pont actuel qui mobilisa les espaces alentours.

Les pompiers de Cannes

L'unité de pompiers a été créée en 1875 à l'initiative du comte Jacques de Fitz-James.
Avant la première guerre mondiale, les pompiers de Cannes se distinguèrent dans des concours régionaux, remportant plusieurs prix à des Concours de manoeuvres de pompes à incendie.

Dans la seconde moitié du 20ème siècle, il s'agissait d'un Centre de Première Intervention rattaché au Centre d'Incendie et de Secours de Montereau.

Dans les années 1970, la petite équipe, un groupe de pompiers d'une dizaine de volontaires commandé par un adjudant-chef, était équipée d'une pompe à bras, remplacée dans les années 1980 par une motopompe tractée par une voiture.
Chaque premier dimanche du mois, les pompiers faisaient l'exercice, qui consistait à tester la pompe au pied du pont.


Les activités professionnelles qui éloignaient les pompiers de Cannes-Ecluse rendaient assez improbable leur intervention d'urgence en cas de sinistre. En pratique, quand des incendies se déclaraient, ce sont les pompiers de Montereau qui intervenaient(8). Les pompiers de Cannes-Ecluse prenaient la relève et assuraient la surveillance après l'incendie pour éviter les reprises de feu. Ils intervenaient également pour des actions non urgentes, comme la destruction des nids de guêpes. Ils participaient en grand uniforme à toutes les manifestations officielles, en particulier aux cérémonies du 8 mai et du 11 novembre.

Fin novembre, pour financer le banquet qui les réunissait à l'occasion de la Sainte Barbe(9), la patronne des pompiers, ils parcouraient le village pour solliciter la générosité des cannois en remerciement de leur dévouement à la sauvegarde des vies et des biens.

L'unité fut dissoute en 1999 en raison de l'évolution des normes techniques et de l'organisation générale des services d'incendie et de secours en France. Le matériel (un véhicule 4x4 avec citerne, pompe, échelle, dévidoirs, une motopompe, un véhicule léger, un fourgon tous usages, …) a été dispersé(10).

Le lavoir

On peut encore voir, sur le Ru d'Esmans juste avant qu'il passe sous la voie ferrée, les traces du lavoir communal(11), bâtiment en bois donné à la commune par un particulier.

C'est tout ce qu'il reste d'un haut lieu de communication locale.
En effet, avant l'utilisation des machines à laver, la pratique courante était de faire "bouillir" le linge chez soi, puis de venir au lavoir pour laver et rincer avant de rentrer chez soi pour étendre.

Seules les Cannoises habitant directement sur l'Yonne et qui, de ce fait, avaient un lavoir individuel sur le bord de la rivière, ne participaient pas au rite.
Cela signifiait charger sa lessiveuse(12), sa boite à laver(13), son battoir(14) et son savon dans sa brouette, traverser le village et retrouver ses congénères pour partager les potins et les ragots tout en lavant et en rinçant. Affinités et inimitiés transparaissaient à travers les jours et les heures de lessive adoptées par les protagonistes. Et Dieu sait que les discussions étaient animées !

L'emplacement du lavoir était fort judicieux : en effet, à cause de son débit, le Ru d'Esmans ne gèle jamais.

Le festival international du film de Cannes-Ecluse

Le 29 mai 1977, la Lorgnette, la fameuse émission télévisée présentée par Jacques Martin, diffuse un reportage consacré à son festival international du film de Cannes-Ecluse organisé pour compenser le "fiasco du festival de Cannes" (selon le présentateur) de cette année-là.

C'est le délire général(15), autour d'une table de banquet, d'une joyeuse bande de gais lurons composée de Maria Pacôme, Eddie Barclay, Jean-Claude Brialy, Stéphane Collaro, Jean Lefèbvre, Jacques Martin, Jean Yanne, ...

Les membres s'attribuent eux-mêmes leurs prix et tous sont récompensés.

 

  1. Georges de Lydda naît en Cappadoce (Est de la Turquie) aux environs de 275/280, dans une famille chrétienne. Il embrasse la profession des armes et devient officier de l'armée romaine. A la suite de la publication des édits de l'empereur Dioclétien contre les chrétiens, Georges est décapité le 23 avril 303.
  2. Marolles-sur-Seine possédait alors deux églises : Saint-Georges, la plus ancienne, construite au 11ème siècle, vendue à la révolution comme bien national et démolie en 1807 et Saint-Germain, l'église actuelle qui date du 12ème siècle.
  3. Dans la monographie communale de Marolles-sur-Seine, M. Dauxerre, l'instituteur de la fin du 19ème siècle, le qualifie de gouffre. Il note : "La route de Montereau longeait autrefois un gouffre au trou Collinet où se produisirent plusieurs accidents à la suite desquels l'administration fit combler ce passage dangereux et changer un peu la direction de la route."
  4. Le Mistral était un train rapide de la SNCF assurant la liaison Paris-Nice de 1950 jusqu'à la mise en service du TGV sud-est en 1982. Dans la numérotation des trains de la SNCF, il portait le numéro 1 dans le sens Paris – Nice et le numéro 2 dans le sens Nice – Paris.
  5. L'actuelle place Charles de Gaulle.
  6. A cette époque, on avait cours le samedi après-midi et on se reposait le jeudi.
  7. Ce devait être quelque chose comme "Alléluia ! Santé ! Bonheur ! N’oubliez pas les enfants de choeur qui chantent les louanges du Seigneur. Un jour viendra, Dieu vous le rendra. Alléluia".
  8. Incendie à la ferme du moulin le 29 avril 1957, incendie de l'atelier de réparation de cycles et de motos le 30 décembre 1960, …
  9. Fêtée le 4 décembre, Sainte Barbe est la patronne et la protectrice des architectes, des géologues, des pompiers, des mineurs, des artilleurs, des sapeurs, des métallurgistes, des démineurs et autres corporations liées au feu.
  10. Une partie du matériel a été remise au Musée des Sapeurs pompiers de Fontainebleau.
  11. En fait, il était surtout utilisé par les Cannoises de la partie ouest de la commune, le "Bout d'en bas". Les Cannoises du "Bout d'en haut" utilisaient un lavoir plus petit installé au bord de la Goulotte, qui fut détruit dans les années 1980.
  12. Une lessiveuse est une grande marmite en acier zingué servant à faire "bouillir" le linge. Au fond se trouve un double-fond amovible, d'où remonte une cheminée centrale avec, en haut, un pommeau qui arrose le linge d'eau chaude et de lessive.
  13. Sorte de caisse en bois sans couvercle et ouverte sur un de ses côtés, dans laquelle la laveuse s'agenouillait après y avoir installé un coussin.
  14. Planchette de bois, rectangulaire ou ovale, de 15 à 20 cm de côté, dotée d'un manche court et servant à taper le linge mouillé pour le laver.
  15. Le film de l'émission est visible sur le site Internet de l'Institut National de l'Audiovisuel (http://www.ina.fr).